Le gouvernement brésilien tente de détruire les droits territoriaux des autochtones en adoptant un projet de loi notoire : PL 191/2020, connu sous le nom de «La Loi de la Dévastation». Le projet de loi ouvrirait les terres autochtones protégées à l’industrie minière et à d’autres industries.  Les compagnies minières ont déjà émis des milliers de demandes d’exploitation couvrant de vastes étendues de terres vierges. (vous pouvez trouver plus d’informations sur ses détails et son impact ici)

Diviser et conquérir

Aujourd’hui, les Kayapo font face à une campagne du gouvernement Bolsonaro qui vise à semer la confusion et la division dans le but ultime de s’emparer de leurs terres sans faire trop de bruit. Bolsonaro espère passer à travers les changements législatifs sans avoir à se battre contre les Kayapo: un combat qui ne serait pas joli et qui attirerait probablement une attention médiatique peu flatteuse. Ce serait beaucoup plus facile si les indigènes acceptaient les promesses vides du gouvernement qui leur offre la lune, les étoiles et des vies parfaites en échange de leur terre. Pour éviter des accusations de violations des droits de l’homme et de destruction de l’environnement, le gouvernement a présenté quelques Kayapo devant les médias pour dire que les Kayapos du sud du Para soutiennent les plans du gouvernement.

Les ONG Kayapo ont perçu le piège et ont déclaré dès le début que les quelques individus que le gouvernement a dans sa poche ne parlent pas au nom de la majorité des communautés Kayapo qui occupent la plupart des terres constitutionnellement reconnues. Fin d’avril, les dirigeants Kayapo se sont réunis dans un village appelé Kriny où ils ont discuté de l’avenir de leurs terres. Les Kayapos sont arrivés à une position unanime pour dénoncer le gouvernement et refuser ses offres. Cette unité a été facilitée par des ONG partenaires comme ISA (Instituto Socioambiental) qui ont expliqué toutes les implications de PL191 afin que les Kayapo puissent acquérir une compréhension complète de la stratégie gouvernementale néfaste et du piège tendu avec de fausses promesses.

L’unité face à l’extinction

Le résultat de la réunion a été remarquable: l’unité des Kayapos contre le plan gouvernemental – et la déclaration qu’ils se battront. Il est particulièrement remarquable que Kriny est un village impliqué dans l’extraction de l’or et que la plupart des autres impliqués dans des activités illégales faisaient également partie de la réunion. C’est un bel exemple de l’organisation et de l’unité Kayapo qui leur a permis de revendiquer leurs droits dans le passé et de les protéger jusqu’à aujourd’hui.

Dans leur déclaration, 60 villages Kayapo ont rejeté le projet de loi et les propositions du gouvernement:

(…) Le gouvernement et ses alliés des grandes entreprises ont réussi à convaincre quelques Kayapo de soutenir leurs plans afin de nous diviser et de nous affaiblir; évitant ainsi un combat – un combat qui ne sera pas joli. Nous savons que le gouvernement cherche à ouvrir nos terres et ses richesses aux «blancs» non Kayapos pour des projets miniers, agricoles, forestiers, hydroélectriques et d’autres activités économiques qui ne profitent finalement qu’à quelques-uns; alors que nous, Kayapo, nous resterons sans terre et sans moyens de survivre. Ces activités industrielles détruisent nos forêts, polluent nos rivières et réduisent nos vies à la misère.

Nous devons constamment lutter pour survivre en tant que Kayapo sur les terres des Kayapos. Nous ne renierons jamais notre droit constitutionnel à une utilisation exclusive, permanente et durable de nos territoires; nous n’allons jamais accepter que notre terre soit usurpée pour des industries destructrices. Nous recherchons une autonomie de développement durable qui correspond à notre culture.

 

Nous demandons aux parlementaires et à nos alliés de nous aider à défendre notre survie, notre souveraineté sur notre territoire et les grandes forêts qui nous soutiennent. Aidez les peuples autochtones à protéger nos territoires car ils soutiennent la vie, c’est nous qui maintenons la forêt en place.

La menace s’intensifie

Entre 2018 et 2020, période qui coïncide avec la campagne et le mandat de Bolsonaro, la déforestation dans les terres des Kayapos due à l’exploitation minière a déjà dépassé 31% du total déforesté en près de 40 ans – entre 1980 et 2017. «Nous sommes en lutte constante pour notre survie et pour re

ster qui nous sommes. Nous n’allons pas abandonner nos terres pour de fausses promesses du gouvernement Bolsonaro », préviennent les Kayapó.

Il est important de noter que la majeure partie du territoire de Kayapo: 9 sur 10 millions d’hectares sont représentés par une alliance entre les  Kayapos et des ONG et restent épargnés par les bûcherons et les mineurs, même durant 2020 qui fut une année catastrophique. Ce succès spectaculaire est le résultat du programme de surveillance territoriale de Kayapo financé par le Projet Kayapo en partenariat avec les ONG Kayapo AFP, IR et IK. Vous pouvez en savoir plus sur les résultats de la surveillance territoriale de Kayapo dans ce rapport 2020.

Malgré ces résultats positifs, la lutte pour la protection des terres de Kayapo est loin d’être terminée. Les prix de l’or montent en flèche et l’industrie et le gouvernement n’abandonnent pas leurs tentatives d’accéder aux richesses cachées sous le sol de la forêt tropicale. Plus de 4,7 mille hectares d’exploitation aurifère ont été enregistrés en seulement 3 ans, entre 2018 et 2020. Le taux a continué d’augmenter au cours des deux premiers mois de l’année 2021, lorsque 256 hectares ont été déboisés dans les terres Kayapo, soit 18% de plus qu’en janvier et février 2020.

«Je ne veux pas qu’ils s’emparent de ma terre et de mon eau. Nous voulons juste que notre forêt soit debout pour que nos petits-enfants puissent survivre », dit une femme Kayapo.

Nous devons agir rapidement, car une fois détruite, la forêt tropicale ne reviendra pas. Les choix que nous faisons aujourd’hui façonneront le monde pour des milliers d’années à venir. Les Kayapos ont fait le choix de continuer à vivre d’une manière réellement durable, permettant la protection de cet écosystème ancien. Choisissons de les soutenir et de lutter de leurs cotés : suivez ce lien pour participer au financement du programme de surveillance territoriale des Kayapos.